Interro surprise [Way & Aurelius]

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le Dim 10 Juin - 0:03



Interro surprise
Waylian & Aurelius

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The public have an insatiable curiosity to know everything, except what is worth knowing. » Oscar Wilde

L'ouvrage était presque terminé. Waylian avait galéré à trouver un tissu qui convienne au teint de Renatus, mais grâce à la présence d'un Orlésien perdu en ces terres de désolation vestimentaire, les choses avaient été plus faciles. L'elfe avait donc mis la main sur une étoffe écrue, fine et fluide, dans laquelle il avait taillé une chemise aux larges manches.

Profitant du beau temps, Waylian s'était installé dans la cour intérieure pour broder sous le soleil, avec un verre de jus de fruits à disposition. Il n'y avait pas grand-chose d'autre à faire dans la demeure du Divin en son absence, surtout que Renatus n'avait pas l'air d'être dans les parages.

Un esclave de la maison vint troubler la concentration de l'elfe qui commençait enfin les motifs de la seconde manche : apparemment quelqu'un était venu rendre visite à Faustus, et en l'absence du maître de maison, et de son frère, c'était à Waylian que revenait la responsabilité de recevoir ou de congédier les visiteurs. À contrecœur, l'elfe lâcha son ouvrage, le rangea dans le sac qui lui était consacré, et suivit l'esclave jusqu'au vestibule.

— Oh, vous ! Bonjour !

Le magister qui était venu jusqu'à la demeure n'était pas un des plus désagréables à fréquenter. Waylian esquissa un sourire, et signifia d'un regard à l'esclave qu'elle pouvait vaquer à ses occupations habituelles. En leur ramenant un plateau de fruits, par exemple.

— Venez, profitons de la cour... Quelles nouvelles du Magisterium ?

Depuis le temps que Waylian était à Tevinter, et surtout dans la demeure du Divin, il prenait la confiance : aller s'enquérir de ce qui se faisait dans le petit monde des magisters n'était pas vraiment étrange pour lui désormais.

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le Dim 10 Juin - 15:04

« Le statut d'un esclave est-il automatiquement pire que celui du plus bas des serfs dans une autre contrée ? C'est une question plus complexe qu'on pourrait le croire, et je ne dis pas cela pour alléger leur peine, ni pour défendre ma patrie. Seulement, c'est une question capitale à laquelle les véritables concernés n'ont jamais l'occasion de répondre. Trop de gens hauts placés vont le faire à le place, se targuant de leur offrir une vie meilleure, de les traiter correctement, ou de les considérer comme faisant partie de la famille. Cela, je veux bien le croire. Ou du moins croire qu'ils le croient. Mais encore une fois, ce n'est pas à ces seigneurs qu'il faut s'adresser lorsque nous voulons vraiment comprendre ceux qui n'ont pas d'autre choix que de les servir. » Extrait d'un traité sur l'esclavage, par Aurelius Argento
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Aurelius patientait tranquillement dans l'antichambre de la demeure du Divin. Il n'était pas attendu, après tout, et puis il n'était pas pressé. Il y avait simplement un point du prochain discours qu'il préparait à l'attention de l'assemblée dont il aurait souhaité discuter au préalable avec le dirigeant tévintide de la Chantrie. L'homme se révélait étonnamment ouvert à la discussion, du moins plus que le magister l'aurait cru en rentrant au pays. Les rumeurs qu'ils avaient entendues sur les routes ne lui avaient guère dressé un tel portrait de Faustus, mais cela n'avait en soit rien d'étonnant : en-dehors de l'empire, il fallait se lever tôt pour trouver une seule personne disposée à en dire du bien. La surprise n'en restait pas moins plaisante, et si Aurelius se fiait à ce qui se disait dans la capitale, le religieux avait entamé un long changement qui n'était pas sans délier les langues. Toujours est-il que les deux hommes apprenaient petit à petit à travailler ensemble, et semblaient sur la voie de se considérer en tant qu'alliés. Une denrée bien rare à Minrathie.

L'esclave qui l'avait reçu s'était éclipsé au sein de la bâtisse, pour avertir qui de droit de son arrivée. Il avait semblé un peu nerveux, mais beaucoup de gens l'étaient face à un magister, et pas seulement les esclaves. Bien que ceux-ci aient encore plus de raisons de s'en méfier. Les caprices de certains congénères d'Aurelius s'apparentaient à la tradition nationale, ce qui n'augurait jamais du bon pour le petit personnel. Certains remplaçaient les membres de leur maisonnée comme on remplaçait des meubles, sans guère y accorder plus d'importance que cela. D'autres les traitaient correctement, bien sûr ; les Argento avaient toujours pris soin de leurs esclaves. Augustus -le père d'Aurelius- avait toujours fait en sorte de se montrer juste avec eux, et jamais cruel. Mais toujours distant. Enfant, Aurelius ne comprenait pas vraiment le concept d'esclavagisme, comme la plupart des jeunes tévintides (et même d'un grand nombre des adultes). C'était comme ça, voilà tout. Ce n'était qu'au fil de ses voyages qu'ils avaient pu prendre du recul, et considérer cette pratique sous un autre angle. Un angle guère reluisant, malgré tout ce que l'on voulait bien prétendre pour se donner bonne confiance. Un angle auquel il avait participé -et continuait- de faire partie.

Ses pensées furent interrompues par l'elfe qui vint l'accueillir dans le vestibule. Aurelius reconnut aussitôt les yeux clairs et les cheveux blond ; et puis il oubliait rarement un visage. Il sourit face à la familiarité du jeune ; peu d'esclaves se seraient permis d'accueillir ainsi un magister. Une telle attitude ne dérangeait nullement Aurelius ; il espérait seulement que l'elfe était assez bon juge de caractère pour savoir avec qui il pouvait se permettre ce genre de chose. Quelque chose lui disait que c'était le cas : il ne l'avait que peu croisé, et uniquement lors de ses visites à Faustus, mais il sentait bien que le serviteur était loin d'être un imbécile.

« Bonjour à vous. Waylian, c'est bien ça ? » Toujours souriant, il suivi son hôte dans la cour. Le temps permettait effectivement d'en profiter, et Aurelius aimait profiter du dehors quand il en avait l'occasion. Surtout depuis qu'il arpentaient les couloirs et les chambre du magisterium... Il s'installa sur un banc, croisant les jambes sous son élégante robe de magister. Elle était rouge, décorée du symbole de son rang, et tenue au col par le petit renard d'argent dont il ne séparait guère et qui était le sigle de la famille Argento. Il déposa soigneusement son bâton à côté, et fit bon accueil au plateau de fruit qu'un autre esclave apporta rapidement. « Merci. » fit-il à l'adresse de l'homme qui s'en allait. Il s'empara d'une mangue, dans laquelle il mordit avec plaisir. Mine de rien, être de retour avait quand même du bon. Il s'amusa de la question de Waylian ; là encore, ce n'étaient pas tous les esclaves qui lançaient un tel sujet.

« Oh, comme d'habitude. Un seigneur machin et une dame truc se prennent le chou sur un sujet aussi important que les lois sur le stockage des fruits de mer, tandis que le seigneur Selachii se met à ronfler en arrière-plan. Le pauvre n'a plus l'énergie d'assister à de tels débats sans fin. Si ça se trouve, quelqu'un a invoqué un démon, mais je devais regarder ailleurs. J'imagine que c'est le genre de choses à laquelle son s'attend de nous, du moins si j'en crois ce que j'ai appris sur les routes. Rien de très important. » Qualifier ainsi les affaires du magisterium n'était pas non plus très sage si l'on n'était pas en bonne compagnie, mais il n'avait aucune raison de se méfier de Waylian. Et puis c'était toujours agréable de parler sans détours. « Et quelles nouvelles parmi vos gens ? » demanda-t-il à son tour avec un intérêt non feint. « Je gage que notre divin préféré est absent ? »

Puis, avisant l'ouvrage en cours déposé sur la table d'un œil appréciateur: « Votre œuvre ? N'hésitez pas à continuer : je ne voudrais pas vous interrompre à un moment crucial. »

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le Dim 10 Juin - 21:06



Interro surprise
Waylian & Aurelius

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L'invité surprise était loin d'être le pire qui puisse être : le magister Aurelius Argento était un homme que Faustus appréciait, ce qui voulait dire que Waylian avait de grandes chances d'aimer sa compagnie également. Après avoir acquiescé à la question d'Aurelius, l'elfe l'emmena jusque dans la cour, où les rejoindraient bientôt de quoi caler un estomac capricieux.

Une fois ceci fait, et bien installés sous le doux soleil tévintide, Waylian ne put s'empêcher de lancer la conversation. Il n'avait pas envie de congédier Aurelius, d'autant plus qu'il pouvait un peu profiter de sa compagnie en l'absence des frères Scaevola. S'enquérir de ce qu'il se passait au Magisterium était toujours très drôle, principalement parce qu'il ne s'y passait quasiment jamais rien, selon les dires de tous. Aurelius ne fit pas exception, provoquant un grand éclat de rire de la part de Waylian.

— Dire qu'on réunit les meilleurs mages de Tevinter pour qu'ils s'ennuient les uns les autres dans un aquarium de pierre... Je vous plains.

Waylian sourit en disant cela, appréciant la douce ironie qui émanait de ses paroles. Il y a quelques mois de cela, jamais il ne se serait pensé capable de sortir une telle chose à quelqu'un de visiblement bien mieux placé que lui sur l'échelle sociale, mais quelques petites choses avaient changé depuis. Des détails, mais c'est bien là que les démons se terrent, non ?

Son sourire s'évanouit quand Aurelius lui demanda confirmation à propos de l'absence de Faustus. Il fronça les sourcils, détourna le regard et prit une pomme dans laquelle il mordit.

— Je pensais que son absence vous avait été signalée, mais ce n'est apparemment pas le cas. Hé non, à mon plus grand déplaisir, il n'y a pas un Scaevola en vue, même si je peux me tromper quant à Renatus.

L'elfe soupira doucement, avant de sourire à la remarque d'Aurelius à propos de sa broderie.

— Oui, c'est ce que je faisais avant, il ne faut pas que je perde la main... Et puis, en l'absence du Divin, je dois avouer que j'ai pas mal de temps libre. Alors malheureusement, je n'ai pas beaucoup de nouvelles à vous offrir... Si ce n'est peut-être que le prix du grain a tendance à augmenter, ce qui rend notre intendante chèvre, quand bien même nous vivons dans la première demeure du pays. Allez comprendre.

Sur le papier, ce serait à lui de s'occuper de ce genre de choses, mais il était trop novice en gestion pour ne pas s'appuyer sur l'expertise d'esclaves plus doués que lui.

— Quant à cela... Il désigna la chemise avec sa broderie à moitié terminée. ...elle n'a rien d'urgent ou de crucial. L'avantage avec la broderie, c'est qu'on peut s'arrêter quand on veut... Ce qui a pour corrollaire qu'on ne s'arrête jamais une fois bien lancés. D'ailleurs, je peux vous demander votre avis ? J'ai quelques doutes, vu les teintes... Ça ne fait pas très tévintide, non ?

La chemise était écrue donc, et les broderies d'un bleu violacé foncé entremêlées de doré. Waylian haussa les épaules en souriant.

— Je n'aime pas trop le noir et le blanc, et j'ai tendance à vouloir imposer les couleurs à mon entourage, je crois. C'est assez drôle de faire ça ici, où tout le monde semble allergique aux couleurs.

D'un œil expert, Waylian ne put s'empêcher de faire le détail de la tenue de son invité : à voir s'il avait bon goût ou non.

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le Lun 11 Juin - 10:21

« Un aquarium rempli de requins, alors. » fit Aurelius, sur un grognement qui pouvait aussi bien être un rire sec. Dire du mal du magisterium n'était pas recommandé en Tevinter, mais le propre d'un magister tel que le pays l'avait conçu n'était-il pas de tout se permettre ? Et puis l'image avait de quoi l'amuser. « Les magisters ont le même sourire. Du moins la plupart. Il suffit de voir sourire Hecate, par exemple : de quoi réveiller ses instincts de fuite les plus primaires. »

Il commençait à se faire une idée de plus en plus précises des personnalités et des buts de ses collègues. La plupart étaient le cliché même du magister tévintide, au point que cela en devait presque comique avant que l'on se rappelle ce que cela impliquait vraiment. D'autres étaient plus dangereux encore, à l'image de Varian. Celui-là, Aurelius s'en méfiait comme de la peste. Plus même, car il aurait sans doute préféré attraper la maladie que de se retrouver entre ses griffes. Heureusement, tous les membres du magisterium n'étaient pas des mégalomanes ivres de pouvoir ou des fonctionnaires inutiles. Certains, comme la jeune Poppaea, semblaient disposés au changement.

« Oh, j'ai probablement reçu un communiqué, ou quelque chose dans le genre. Seulement, il se peut que je ne songe pas toujours à lire la pile de mots qui se retrouve sur mon bureau. » dit-il d'un ton innocent, en se contemplant les ongles. En général, il s'attaquait à la pile quand elle lui bouchait la vue, et la moitié finissait dans le panier à déchets de toute façon. Alors pourquoi se presser ? Il n'en était pas moins bien informé, en général ; seulement, il préférait agir différemment. Les bonnes personnes qui tendaient l'oreille au bon moment, au bon endroit : voilà qui n'avait pas de prix. C'était une leçon qu'il avait apprise de son père, et qu'il s'occupait de raffiner ; elle n'avait pas évité la mort à Augustus, après tout... Il repoussa le souvenir de son père, pour se concentrer sur l'elfe en face de lui. Vu son comportement, il était difficile de se rappeler qu'il était un esclave ; il se comportait comme si la maisonnée était son domaine. Qu'il ait pu prendre l'habitude de le faire en disait long sur la manière dont le Divin gérait ses gens, ce dont Aurelius prit bonne note. Il ne manquait non plus pas de soigneusement observer les réactions de Waylian à la mention de Faustus.

« J'espère qu'il nous reviendra vite. Peut-être qu'il pourrait intercéder auprès du Créateur concernant le prix du grain. Du moins, j'imagine que c'est ce que pas mal de monde se dit. Comme si le Créateur ou lui y pouvaient quelque chose... Quand la guerre couve, les prix montent, mais pas au point de gêner ceux qui comptent. » Le ton d'Aurelius était caustique, comme souvent lorsqu'il s'attaquait au sujet. «  Après tout, autant laisser les inférieurs se soucier de menus détails, telle que la survie au quotidien. »

Dire que son retour au pays l'avait laissé désabusé était un euphémisme. Dans sa jeunesse, avant son départ, il s'était rendu compte de certaines inégalités, mais il lui avait vraiment fallu observer Tevinter de l'extérieur pour réaliser à quel point la situation était désagréable pour la majeure partie de sa population. Il avait acquis une certaine perspective sur la question, ce qui ne faisait jamais de mal. Certains magisters en bénéficieraient grandement, de la perspective ; en les balançant de la plus haute tour de Minrathie, par exemple.

« J'ai fini par apprendre des rudiments de couture, sur les routes, mais rien que du très grossier : rapiécer une chemise usée par les voyages, ce genre de choses. Je reste impressionné par le travail que cela peut demander : il n'y a pas qu'avec la magie que l'on peut entreprendre de belles choses. » Avalant un nouveau morceau de mangue, Aurelius se pencha sur l'ouvrage, en observant toutes les subtilités. « Effectivement, ça ne fait pas très tévintide, mais j'aurais tendance à dire que c'est une bonne chose. Quoi qu'en dise notre haute société, la mode ne nous a jamais vraiment réussi. Un peu de couleur ne nous ferait pas de mal ! Parfois, c'est en changeant de toutes petites choses qu'on arrive à modifier les plus grandes. »

La robe de magister qu'Aurelius portait avait été faite sur mesure, et son rouge vif tranchait avec les tenues plus ternes de ses collègues, qui privilégiaient souvent le noir et le blanc. Le long des manches et sur les bordures, des fils d'or et d'argent avaient été brodés dans des designs simples mais agréables à l’œil. Sans même y penser, il effleura des doigts le petit renard d'argent qu'il portait au col. L'animal était le symbole des Argento, et il l'avait reçu des mains de sa mère avant de partir pour explorer Thédas, vingt ans plus tôt. Il ne l'avait jamais quitté depuis. Aurelius aimait prendre soin de son apparence et de sa tenue vestimentaire lorsqu'il en avait l'occasion : quitte à présenter, autant le faire bien. Son style était parfois flamboyant, et rarement dépourvu de couleurs.

« Où avez-vous appris à broder ainsi ? D'où venez-vous, Waylian ? Enfin, si vous souhaitez me répondre, bien sûr. Je ne voudrais pas vous imposez de mauvais souvenirs. »

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le Lun 25 Juin - 19:19



Interro surprise
Waylian & Aurelius

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L'elfe sourit doucement à la réponse amusée et sarcastique d'Aurelius : impossible de s'imaginer le Magisterium tel qu'il devait être : un endroit dangereux où les sourires étaient le plus souvent carnassiers, et où les coups dans le dos ne manquaient pas. Il avait beau n'être qu'un esclave, Waylian se figurait bien dans quelle ambiance évoluait Aurelius. La politique, qu'elle soit tévintide ou orlésienne, restait un terrain glissant. C'est également pour cela qu'il n'ajouta rien à propos de cette Hécate, même s'il notait l'impression qu'elle avait pu faire au magister.

Il valait mieux se rabattre sur des sujets plus anodins, comme le fait que le noble Tévintide ne lise pas son courrier. Waylian écarquilla les yeux avec un nouveau sourire, avant de hausser les épaules.

— En ce cas, je ne peux rien pour vous. J'espère que ça ne vous aura pas fait perdre un temps précieux.

Tu parles ! L'elfe avait l'idée qu'Aurelius était du genre à trainâsser et à tout faire pour esquiver ses autres obligations : papoter innocemment avec un esclave était sûrement une excellente distraction pour lui, sinon il aurait déjà pris la direction de la sortie de la demeure Scaevola.

Cela dit, la façon dont il parlait de Faustus et de son rôle avait tendance à perdre un peu Waylian : que cherchait à dire Aurelius ? L'elfe plissa légèrement les yeux, en se servant dans le plat de fruits comme pour faire diversion, le temps qu'il réfléchisse à sa répartie.

— J'espère aussi qu'il reviendra rapidement, le navire tévintide a besoin d'un Capitaine, on dirait. Surtout si la tempête arrive.

Elle grognait depuis un moment, menaçant au-delà de l'horizon, sans pourtant s'être déclarée. Pas tout à fait du moins, car si Faustus n'était pas présent chez lui, c'était bien à cause de la folie de Faustine V. L'elfe ne s'y opposait pas, quand bien même il n'avait pas son mot à dire : il y a des batailles, des guerres qu'il faut mener. Abattre cette sainte pétasse était une très noble quête selon Waylian.

Mais parlons plutôt couture oui : l'elfe avait repris son ouvrage après cette pause bienvenue, ses gestes devenant des réflexes pour lesquels il n'avait besoin que d'un coup d'œil de temps à autres : il pouvait tout à fait mener une conversation animée tout en continuant à travailler.

— Oh, je pense que la magie est comme tout : elle a ses limites. Parfois, passer du temps et saigner un peu en se piquant le doigt permet de faire des choses plus fines, oui.

Il y avait aussi que la couture, et toutes les autres activités du même style, dépendaient davantage du travail et du temps qu'on lui consacrait plutôt qu'à un talent inné. La magie elle aussi avait besoin qu'on s'y entraîne, mais il fallait forcément un don, quelque chose au préalable. Les arts des aiguilles étaient plus accessibles... et paradoxalement, son niveau n'était pas facile à atteindre.

— Je ne prétends pas pouvoir changer grand-chose à Tevinter, si ce n'est la garde-robe des Scaevola. Le reste, s'il y a un 'reste', ne sera pas de mon fait. Mais par pitié, ce noir me déprime.

Aurelius était du coup loin d'être déprimant, avec son rouge vif. Ce n'était pas les couleurs de Waylian, qui préférait largement les pastels bleus ou dorés, qui lui allaient bien mieux au teint.

— Tutoyez-moi, je vous en prie. J'ai appris à broder à Val-Royeaux, dans le bas-cloître où je suis né. On fait largement plus classe. C'est mon métier, en fait. Rapiécer, repriser ou même confectionner des vêtements simples ne me dérange pas, et je sais le faire, mais j'aime bien la décoration. C'est ça qui fait la différence, qui rend une pièce unique. J'ai un problème avec l'uniformité, comme tout bon Orlésien, je pense.

Il rit doucement. Il n'avait pas peur de dire qu'il était Orlésien, même alors qu'une guerre se préparait : pour ses 'compatriotes', il avait toujours été elfe, puis mage, avant d'être Orlésien. S'il devenait tévintide, peu à peu, c'était parce que sa terre natale avait toujours tout fait pour le rejeter... L'Oblitération d'un Cercle où il aurait été s'il avait été le gentil elfe docile pour lequel on le prenait avait sonné la fin de toute illusion, le point de non-retour. S'il retournait en Orlaïs, ce serait en touriste étranger désormais.


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le Dim 1 Juil - 16:51

Plaisanter ainsi sur le magisterium réussissait presque à la rendre supportable. Presque. Ah ça, il y avait de quoi rire, quand on songeait aux procédures interminables et aux querelles intestines qui opposaient des familles depuis des siècles au nom de causes dont personne ne se rappelait. Si les autres pays pouvaient assister à l'une de ces réunions, nul doute que les magisters perdraient aussitôt de leur mystique ; ils deviendraient comme n'importe quel groupe de dirigeants, et ils ne pouvait se permettre ça, n'est-ce pas ? Autant en rire. Et puis on se rappelait des générations d'exactions et de cruauté, le sang versé de dizaine de milliers d'esclaves, la mort qui régnait chaque jour, les soirées sanglantes qui vous privaient d'un proche alors que vous n'y étiez pas prêt. Penser à son père effaçait tout de suite le sourire du visage d'Aurelius, et durcissait son regard. Il y avait encore tant de choses à régler, en plus de celles qui ne pourraient jamais l'être... Son tumulte intérieur l'agita un instant très bref, et il retrouva très vite la décontraction qu'il affichait naturellement. Il avait remarqué que Waylian avait pris soin de ne rien relever quant à ses dires ; l'elfe était prudent, ce qui était souvent un trait indispensable chez les esclaves. Surtout ceux qui bénéficiaient d'un statut plus profitable que la plupart de leurs camarades d'infortune : on ne savait jamais quand la situation pouvait changer.

« Oh, non, rassurez-vous. Le temps est peut-être précieux, mais il faut savoir s'accorder une pause de temps en temps. Je ne suis pas mécontent de profiter d'une poignée de bons fruits à l'ombre de la cour, et d'une agréable discussion qui n'a aucun rapport avec la réfection du pavage d'une voie impériale. Vous n'allez pas vous mettre à me parler de routes, dites ? » lança Aurelius d'un air faussement soupçonneux.

Si Aurelius avait vraiment eu des affaires à résoudre qui ne pouvaient pas attendre, il ne se serait même pas donner la peine de venir, reportant à plus tard une éventuelle conversation avec le Divin. En parlant de ce dernier, c'était un autre sujet sur lequel Waylian se gardait bien de s'engager. Là encore, sa retenue était exemplaire, et soigneusement entretenue. L'elfe se rendait certainement compte à quel point la partie était dangereuse, et Aurelius ne lui enviait pas son numéro d'équilibriste. En tous les cas, il savait rester maître de ses émotions, un talent éminemment utile lorsqu'on évoluait dans les hautes sphères de Minrathie, et ce quelle qu'y soit sa position.

« Je n'envie pas sa tâche. Il y a quantité d'activités plus agréables que de se retrouver face à Faustine, comme par exemple danser le quadrille dans la gueule d'un dragon. Avec un peu de chance, elle s'étouffera sur un pépin et il pourra rentrer plus vite, c'est tout ce que je leur souhaite à tous les deux. » Non, le magister ne portait pas la divine blanche dans son cœur, et il n'avait pas eu besoin de la rencontrer pour cela. Il lui suffisait de penser à la souffrance que ses actions continuaient de causer parmi les mages du sud pour que son sang ne fasse qu'un tour. Au fond, elle ne valait pas mieux que l'archonte : toutes les deux n'étaient que des cinglées mégalomanes en pleine illusion de grandeur, et incapable de comprendre quelle était la véritable menace si elle les avait regarder dans les yeux en leur tirant les oreilles. Dans le meilleur des mondes, quelqu'un finirait par les faire taire en se servant d'une pour taper sur l'autre. « La présence de Faustus à la barre serait rassurante, surtout en ce moment. Qui ne préférait pas un capitaine capable de se montrer raisonnable ? »

Il n'alla cependant pas plus loin. Il avait décidé de faire confiance à Waylian, mais mieux valait ne pas faire étalage du manque de confiance qu'il accordait à leur gouvernement ; on ne savait jamais quelles oreilles pouvaient traîner hors de vue. Au moins, causer couture ne risquait pas de les faire condamnés à mort. Du moins, Aurelius l'espérait : on ne savait jamais, de nos jours. Des fois que l'archonte ou un autre fasse passer un texte qui rendent les couleurs hors-la-loi, ou quelque chose dans ce goût-là.

« C'est important de savoir faire quelque chose de ses mains. C'est même agréable. Et puis il y aura toujours des choses qui ne pourront être résolue par la magie, ou par quelqu'un d'autre. Enlevez au magister type sa magie et son entourage, et il a peu de chances de s'en sortir longtemps ; on pourrait tenir des paris sur ses jours de survie, voilà qui serait amusant. Pour le reste, parfois de petits changements peuvent en amener des biens plus grands. Je suis sûr que votre présence à ses côtés aura contribué à changer notre divin même. Il en va toujours ainsi. » Aurelius se lécha innocemment les doigts pour les débarrasser du jus qui s'y était déposé à cause du fruit. « Certains diraient que le noir va avec tout, ce qui n'est pas foncièrement faux, mais loin d'être divertissant. Parfois je me dis qu'en Tevinter, on est conditionné à voir la vie en noir sous toutes ses formes. Enfin... » Puis, passant donc au tutoiement : « Soit. Dis moi, et si je te demandais d'en faire de même, du moins en privé, que me répondrais-tu ? »

Il était curieux de sonder un peu plus les réactions de Waylian. Il y avait quelque chose d'énigmatique chez lui, comme s'il se montait à la fois ouverte et en retrait. C'était commun pour les esclaves que de dissimuler soigneusement certains aspects de leur personnalité, et de se comporter de la façon à laquelle s'attendaient leurs maîtres. Et Aurelius résistait difficilement aux énigmes. Finalement, sa visite à l'improviste se révélait encore plus intéressante que prévu.

« Comme tous les orlésiens ? Je ne sais pas. Il suffit qu'une marquise se pointe au bal avec trois anneaux en mousse autour du cou pour lancer une mode, et le lendemain toute la haute se baladera pareil ; c'est plutôt uniforme, tu ne trouves pas ? Mais j'imagine qu'il en va autrement quand on s'éloigne du sommet. Dis moi Waylian, comme se fait-il qu'un elfe couturier orlésien se retrouver aujourd'hui au service du Divin Noir à Minrathie ? Je ne te force pas à me la raconter bien sûr, mais j'avoue que ton histoire me rend curieux. »

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le Mer 18 Juil - 19:48



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Apparemment, discuter un peu avec l'elfe domestique du Divin n'était pas du temps perdu. Waylian se sentit flatté par la remarque d'Aurélius, même si cette dernière davantage du fait que le temps du magister était de toute façon perdu... Les débats à l'assemblée tévintide devaient vraiment être mortellement ennuyants pour qu'Aurelius leur préfère la compagnie d'un pauvre esclave. Même si ce dernier n'était pas tout à fait dénué d'humour.

— On peut très bien parler travaux publics si vous le souhaitez, et quid des antiques façades tévintides à rénover, d'ailleurs ?

Évidemment, Waylian n'attendait aucune réponse. Pour preuve le petit rire qu'il émit après avoir prononcé cette phrase. Le magister n'était pas de mauvaise compagnie, et la maison était bien vide ces derniers temps : l'elfe accueillait donc cet invité inattendu avec un plaisir non feint.

Pour autant, Way savait bien qu'Aurelius n'était venu que pour voir le Divin, qui était malheureusement absent. La conversation dériva donc sur ce dernier, et surtout sur ce qu'il faisait. L'elfe essayait de ne pas trop s'inquiéter à son sujet, sans succès. Il l'imaginait toujours revenant les pieds devants, ou grièvement blessé... Au moins l'image fleurie d'Aurelius eut le mérite de le faire sourire à propos de cette terrible situation.

Faustine... Si seulement Waylian l'avait face à lui. Il n'en mènerait sûrement pas bien large en y allant frontalement, mais il était certain qu'elle pouvait tout à fait être une bonne cible pour un poignard dans le dos.

— On m'a toujours dit que c'était mal de souhaiter la mort des gens mais... puisqu'elle veut celle de tous les mages orlésiens et féreldiens, ça compense non ?

C'était précisément à cause de sa politique que Waylian avait quitté Orlais pour venir en Tévinter, là où la magie était bien mieux (trop) acceptée. Son elfitude et l'esclavage, c'était presque accessoire à côté. En fait, tout ce qu'avait fait Way, c'était de choisir son oppression. Et il était quand même sacrément bien tombé.

Quant au retour de Faustus, il suffisait de lire un peu dans le regard de Waylian pour savoir ce qu'il en pensait.

— Le Magisterium doit être perdu sans lui, à moins que ce ne soit l'occasion rêvée pour ses détracteurs de montrer le bout de leur nez ? Vous savez ce qu'on dit : "quand le chat n'est pas là, les souris dansent."

Laissons-les danser mais n'oublions rien, faillit ajouter Waylian. Aurélius devrait prendre des notes pendant l'absence de Faustus, ce serait sûrement bien utile quand il sera de retour. Si on tente de lui faire des coups bas, on aura déjà une bonne liste de suspects potentiels.

Mais assez de politique ! Aurelius s'intéressait également à l'art de l'elfe, que ce dernier exerçait sous ses yeux. Way n'aurait jamais cru que cela soit si agréable et un peu étrange d'être observé pendant qu'il brodait, mais bon, pourquoi pas.

Si seulement il savait, pensa Waylian en l'entendant parler de petits changements menant à de grandes évolutions. Faustus et lui avaient beaucoup appris au contact l'un de l'autre, et bien que cela n'ait que peu de rapport, l'elfe se sentit investi d'une nouvelle mission alors qu'il songeait aux futures tenues du Divin. Lancer une mode... Ça, ce serait pas mal. Et décoller un peu les Tévintides de leur sombre attitude au passage.

— Je peux te tutoyer si ça ne te dérange pas oui. Même si ça me paraît toujours aussi étrange...

Way tutoyait Renatus et Faustus mais bon, ça n'avait quand même absolument rien à voir : il ne vivait pas avec Aurelius, déjà, et ne le connaissait pas très bien. Au moins ce dernier avait-il de la conversation, et apparemment, de la culture. Waylian plissa les paupières de façon taquine, avant de lui demander :

— Tu as déjà été à Orlais pour dire quelque chose dans ce goût-là... En tous cas, même si la mode des anneaux en mousse autour du cou est lancée, tu verras toujours quelqu'un essayer de se démarquer dans le coloris, la forme, la taille... Ce
n'est jamais aussi uniforme qu'ici, crois-moi.


Quant à la suite de la conversation, Waylian n'était pas sûr d'apprécier la tournure qu'elle prenait. Loin de le montrer, il sourit doucement en haussant les épaules.

— Le hasard, je suppose. J'ai juste fui Orlais dans la première direction possible quand cette Divine a décidé de nous enfermer tous. J'ai... parié que je pouvais m'en sortir en Tévinter plutôt qu'en Férelden, qui était mon second choix. On dirait que j'ai eu raison.

Voilà, il n'y avait pas grand-chose d'autre à dire là-dessus. Non ?

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le Jeu 19 Juil - 14:19

Aurelius était plus que ravi de pouvoir passer quelques instants à l'ombre de la cour, des fruits délicieux à portée de main et une bonne conversation à portée d'oreille. Déjà, il ne perdait jamais une occasion de s'abriter du soleil, qui pouvait cogner fort et qu'il n'appréciait que moyennement ; conjuguée à l'humidité, la chaleur lui donnait mal au crâne. Voilà bien une chose -parmi de nombreuses autres- qui ne lui avait pas manqué dans son pays natal... Il était fait pour les climats plus secs, et il aimait sentir le vent souffler sur son visage. Certains magisters employaient des esclaves pour les suivre partout avec de larges éventails, mais ce n'était pas vraiment le style d'Aurelius (1). Il aurait pu employer la magie du froid, mais ce n'était pas spécialité, et pour une fois il ne put s'empêcher d'envier Hecate. Non, tout ce qu'il pouvait faire, c'était s'abriter du chaud quand il le pouvait.

Ensuite, il appréciait finalement ce petit tête-à-tête avec l'elfe que permettait le voyage du Divin. Rien de tel qu'un instant en privé avec un serviteur pour s'en faire une meilleure idée ; comment ils se comportaient en l'absence de leur maître en disait long. Souvent, ils se montraient tout aussi serviles et apeurés livrés à eux-mêmes : plus parfois, l'absence entraînant la paranoïa. On ne pouvait se risquer à dire du mal de son propriétaire, et si il l'apprenait ? Mais Waylian n'était pas de ceux-là, et cela ne manquait pas de renforcer l'opinion favorable que l'héritier des Argento avait commencé à nourrir pour Faustus. L'orlésien était-il pour quelque chose dans la lente transformation du leader spirituel de l'empire ? Peut-être, mais Aurelius n'arrivait pas à en être sûr, tant son interlocuteur cachait bien son jeu. Il restait à l'aise en sa compagnie, mais il prenait soin de ne rien dire de trop. Et Aurelius pouvait difficilement l'en blâmer : cela faisait partie du jeu en Tevinter comme en Orlaïs, et pus on était en bas de l'échelle, plus c'était une simple et capitale question de survie.

« Le magister Altrona aurait bien besoin d'un ravalement de façade. Je te jure, voir cette tête surgir au détour d'un couloir quand on n'est pas très bien réveillé est plus efficace que la plus énergisante des décoctions. Et cette haleine ! » Aurelius frémit d'horreur, mimant un haut le corps. Puis il se renversa dans son siège, jouant avec une nouvelle pêche qu'il faisait distraitement sauter d'une main à l'autre. Elles étaient mûres à point, et d'une qualité indéniable. Il pouvait grommeler sur son pays autant qu'il le voulait, il reconnaissait volontiers la qualité d'un grand nombre de ses produites, et les fruits étaient en tête de liste. A son retour quelque temps plutôt, il aurait pu sauter dans une piscine d'abricot rien que pour la satisfaction d'en être capable. Et dire qu'il y en avait qui préféraient faire la brasse dans l'argent... Ce dernier était incontestablement utile, mais guère agréable au contact.

Les durs mots de Waylian concernant la Divine ramenèrent l'esprit d'Aurelius sur la conversation. Il avait la fâcheuse tendance à se disséminer dans tous les sens, sautant d'un sujet à l'autre, ce qui faisait des ravages uni à sa procrastination légendaire lorsqu'il s'agissait de l'administratif lié au magisterium. Il chercha le regard de l'elfe, y lisant une résolution macabre. Difficile de lui en vouloir de se montrer aussi véhément...entre autre parce que le magister pensait la même chose.

« Le jour où elle tournera le dos, il y aura la fille pour y planter un couteau. On ferait une fortune en vendant les billets... Et je ferai partie du lot, c'est certain. J'ai toujours abhorré la manie qu'avait l'élite de faire si peu cas de la vie en se livrant à leurs luttes politiques, mais parmi les personnes qui le méritent, la divine est plus que bien placée. » Ainsi que l'archonte, qu'il plaçait au même niveau, mais ça il se garda bien de le mentionner. Il n'avait aucune raison de se méfier de Waylian, et il se doutait bien qu'il n'avait rien d'un rapporteur, mais il restait des mots qui étaient bien trop dangereux à prononcer à Minrathie.

« Pour le moment, la plupart des magisters sont trop occupés à s'opposer les uns aux autres pour s'attirer les faveurs de l'archonte pour réellement profiter de l'absence de Faustus. Mais il en reste bien quelques uns qui pour savoir l'utiliser... Le mouvement qui veut raviver la foi en les anciens dieux, notamment. » La grimace qui naquit sur le visage du blond disait tout le bien qu'il pensait de ce genre d'organisation. Comme si Tevinter avait besoin de ça en ce moment ! « En tous les cas , je veille au grain. Je continue de rassembler ceux qui partagent mes convictions et celles du divin, et il peut compter sur moi pour représenter au mieux ses intérêts en attendant qu'il reprenne sa place. Ce qui ne manque pas de m'étonner : si on m'avait dit que je commencerai à travailler main dans la main avec le Divin noir, je ne l'aurais pas cru. L'homme d'aujourd'hui ressemble de moins en moins à celui dont j'entendais parler avant mon retour. »

Le magister restait prudent, bien sûr, mais il avait vraiment l'impression que Faustus n'essayait pas de le berner. Le religieux était en proie à une sorte de tumulte intérieur sans doute né de longues années de réflexion et de réalisations, et Aurelius était curieux de voir ce qui allait sortir du cocon, surtout si cela pouvait aider sa cause et, à travers elle, Tevinter tout entier. Et puis l'homme qu'il apprenait à connaître derrière le masque du divin se montrait de plus en plus complexe et...attachant ? Il ne savait pas si c'était le bon mot, mais il y avait une certaine douceur qui cherchait à sortir de l'obscurité chez Faustus, et Aurelius était déterminé à l'y aider.

« Je suis passé plusieurs fois en Orlaïs. »
La conversation retrouvait un tour plus léger, ce qui était agréable après ces sujets plus graves. «Moins dernièrement, un petit...incident avec la Maison de Repos limite mes voyages dans le coin, hélas. Le pays est magnifique, et incroyablement divers dans ses paysages. Et le Grand Jeu n'est pas si éloignée des magouilles du magisterium, avec plus de flair et moins de magie du sang. Et les costumes ! Je plaisante peut-être sur vos effets de mode, mais vous savez vous habiller ! Si tu cherches à lancer une mode, je serai ravi de faire partie de tes clients, tiens ! On manque tellement de couleurs, ici... Même Ferlden est plus bigarrée ! »

Pour le reste, Waylian ne semblait guère disposé à parler de lui, et Aurelius ne lui en tenait pas rigueur. C'était courant pour les esclaves de ne pas vraiment aimer s'épancher sur leur passé, préférant éviter de revivre des souvenirs douloureux et de penser à des proches et des patries perdues. Il n'allait pas le forcer ; son histoire lui appartenait, et le magister pouvait le respecter.

« Quelle que soit la raison, ce n'est jamais facile de laisser notre vie derrière soi. Souvent, mieux vaut se concentrer sur la nouvelle. La faire nôtre, plutôt qu'elle nous soit imposée. Malheureusement, tout le monde n'a pas ce luxe en Tevinter. C'est quelque chose que je déplore...et que je cherche à changer. Je suis heureux de te savoir si bien traité et incorporé à la maisonnée de Faustus. Mais tous les esclaves n'y ont pas droit... Et il se trouve que petit à petit...disons que je m'arrange pour trouver ceux que je peux et leur donner un coup de main. S'ils le veulent, bien sûr. »


Voilà qui était presque aussi risquer à dire que de souhaiter la mort de l'archonte, mais si Aurelius voulait que son entreprise décolle, il fallait bien se jeter à l'eau. Un contact comme Waylian pourrait lui être extrêmement utile pour repérer des esclaves dans le besoin, et pour aider à coordonner leurs efforts. Bien sûr, il n'obligerait pas l'elfe à lui donner un coup de main s'il ne le souhaitait pas, mais il espérait que l'esclave comprendrait où il voulait en venir, et qu'il se montrerait disposé à apporter son aide d'une manière ou d'une autre.

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(1) Et puis il semblait que c'était la pente glissante vers les grappes de raisin, et c'était un fruit qu'il préférait largement en bouteille. Et puis il avait toujours préféré gober des noix.

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le Lun 23 Juil - 7:59



Interro surprise
Waylian & Aurelius

«
The public have an insatiable curiosity to know everything, except what is worth knowing. » Oscar Wilde

Il était rafraîchissant de voir que même les magisters les plus haut placés pouvaient se comporter parfois comme de vrais gamins. Entendre Aurelius décrire ce magister dont Waylian ignorait tout le fit sourire, bien qu'il se força à rester poli. Détente ou pas, il aurait été malvenu pour lui de commencer à dire du mal des gens.

— Au moins a-t-il son utilité, s'il facilite votre réveil...

Ce fut la seule remarque qu'il se permit, avant de laisser la conversation couler définitivement vers Faustine V et sa folie meutrière. Waylian songea soudainement qu'il devait être facile pour quelqu'un en position de pouvoir absolu de décider de la vie ou de la mort de centaines (milliers ?) de personnes. Ce n'était pas elle qui allait les traquer, et les exécuter. Elle n'aurait sur ses mains qu'un sang métaphorique. Et c'est là qu'il se rendit compte qu'Aurelius exprimait très justement son sentiment : les puissants qui ne se rendent pas compte des vies qu'ils écrasent devaient être renversés.

— Bien placée ? Elle a une loge d'honneur oui. J'ose espérer que si elle survit à une attaque extérieure, la Chantrie sera assez intelligente et réactive pour ne pas la garder à sa tête. Un organe religieux n'est jamais dépourvu de branches politiques, après tout.

C'était comme tout : si on y réfléchissait bien, tout était politique, la différence étant dans le degré et la visibilité. Dans les hautes sphères de la Chantrie, avec le pouvoir qu'elle avait sur Orlais et Ferelden, il aurait été étonnant de croiser davantage de prêtres dévôts que de requins avides de pouvoir.

Durant sa réflexion, jamais Waylian n'avait envisagé Faustus comme faisant partie de ces gens-là, et pourtant. Il en avait vu assez, en savait assez pour ne pas ignorer comment il s'était hissé au rang de Divin. Cela le choqua assez pour le faire divaguer, et il ne se raccrocha à la conversation que lorsqu'il entendit Aurelius parler des anciens dieux. Ce dernier enchaîna rapidement sur le caractère de Faustus, tout en disant très explicitement qu'il était de son côté.

— J'aimerais bien dire que tout le monde peut changer, mais ce serait faux. Tout ce qu'on peut faire, c'est essayer de faire ressortir certains pans de personnalité plutôt que d'autres.

Rien ni personne n'avaient créé le côté bienveillant de Faustus : il avait toujours été là, enfoui sous le reste de ce qui avait pu lui arriver, et tous ses réflexes tévintides. Way songea qu'il pensait aussi sûrement comme ça à cause des origines étrangères : il avait beau habiter à Minrathie et ne pas vouloir la quitter, il resterait toujours orlésien.

La preuve en était de ce sourire quand Aurelius lui conta ses aventures orlésiennes.

— Il me semble aussi que vous êtes légèrement moins subtils, vous les Tévintides...

Ce n'était qu'une boutade que Waylian ponctua d'un petit rire.

— Oh, je serais honoré de vous confectionner des tenues, soyez-en assuré. Je vous ferai un prix !

Encore une plaisanterie, plus discrète celle-ci, puisqu'en tant qu'esclave, Waylian doutait de pouvoir avoir un travail à côté, avec une rémunération qui serait sienne seulement. Soit il devait en être interdit, soit l'argent devrait être reversé à Faustus, qui n'en avait franchement pas besoin. C'était du moins le genre de règlementation qu'imaginait Waylian à propos de son statut, qu'il connaissait assez mal, en réalité.

Il allait poser la question, mais encore une fois la conversation dériva, cette fois sur sa vie d'avant. La fuite d'Orlais, le choix de Tévinter... Plus il se repassait ça dans sa tête, et moins cela faisait de sens. Il avait une énorme chance, il n'en doutait pas, mais elle était parfois à double tranchant. Et là, Aurelius lui proposait de l'aider à commencer à défaire le système esclavagiste tévintide ? Vraiment ? Une des rares choses qui pouvait apaiser la conscience pas toujours tranquille de l'elfe ?

— Je comprends. Je pourrais vous glisser un mot de temps en temps si vous le souhaitez. Et selon le climat ambiant. Il vaut mieux éviter de prendre des risques en pleine tempête.

Il ne pouvait pas lui refuser son aide, mais Waylian savait également qu'à travers lui, on pouvait viser Faustus : s'il tombait, le Divin tomberait avec lui, à moins d'un fabuleux retournement de situation auquel l'elfe ne voulait pas songer.

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le Ven 27 Juil - 14:40

« Aussi efficace que cela se révélerait, le visage d'Altrona n'est absolument pas la première chose que j'ai envie de voir au réveil. Il y a déjà bien assez de dures vérités à regarder en face sans y ajouter sa physionomie. Et encore, c'est sans doute ce qu'il y a de plus poli chez lui ! »

Rien que pour cela, Aurelius était ravi Waylian à sa disposition. Il pouvait difficilement parler aussi familièrement de ses collègues avec ses pairs, et il y avait toujours le risque que cela s'ébruite. Il ne s'y serait sans doute pas risqué Faustus, non pas parce qu'il craignait qu'il ne le répète, mais parce qu'il n'était pas certain que leur relation actuelle le permettait pour le moment. Peut-être un peu plus tard, avec le temps, si une amitié pouvait vraiment naître de leur association pratique. Il se surprit à penser qu'il l'espérait, en fait ; voilà qui était on ne peut plus incongru, et il ne peut s'empêcher de sourire franchement à cette pensée. Sourire qui fondit en grimace à la seule mention de Faustine ; il n'y avait qu'une façon de lui montrer les dents, et ce ne serait certainement pas pour se montrer poli. Plutôt pour les lui planter dans la jugulaire, oui... Aurelius avait beau abhorrer la violence, plus encore comme moyen de mettre fin à un conflit, mais il reconnaissait volontiers qu'elle pouvait devenir nécessaire avec certains individus. Quand ils refusent de parler un langage commun, autant s'adonner à la seule langue qu'ils comprennent... Le truc, c'était de conserver cette violence braquée sur les cas particuliers, et ne pas la laisser englober tout un groupe, ou toute une nation. Malheureusement, ce n'était pas une leçon que la religion semblait avoir comprise.

« La politique et la religion n'ont jamais fait bon ménage, quoi qu'en disent les coutumes. Il serait plus que bon de séparer le pouvoir de la religion de celui de l'état, mais ce n'est pas un avis très populaire. Souvent, je me demande ce que penserait Andrasté elle-même. La femme, pas la figure dont en a fait l'église. J'aime à croire que des concepts comme les marches exaltées la saisiraient d'horreur... De même que cette haine de la magie qui se reporte sur ses pratiquants. Comme souvent quand la cause est bonne, elle finit par se déformer, les gens oublient avec le temps...et elle devient le symbole des nouveaux oppresseurs. Voilà pourquoi je suis agréablement surpris par Faustus. Faustine et Faustus... On l'aurait inventé que ça n'aurait pas été possible, tiens ! »

La pensée idiote venait pour la première fois de traverser l'esprit d'Aurelius, et il se demanda comment cela ne l'avait jamais frappé avant. C'était tellement évident qu'on n'y faisait même pas attention, sans doute. Et totalement trivial. N'empêche, l'univers avec un curieux sens de l'humour. Mais si ces deux-là pouvaient finir par représenter les deux facettes d'une même pièce, ce serait sans doute pour le mieux...et qui aurait cru que la modération viendrait de Tevinter ? Il y avait des politiciens, des prêtres et des historiens qui devaient s'en réveiller la nuit...

« Et pour faire ressortir nos bons côtés, rien de tel qu'un bon entourage. Je suis content que tu fasses partie de celui de notre divin préféré. Quitte à se changer les uns les autres, autant que ce soit pour le mieux. On gagnerait tous à s'exposer aux autres, et à sortir de notre zone de conforte plutôt que de rechercher sans cesse ceux qui partagent notre dogme. » Aurelius fit soudain mine d'avoir été touché en plein cœur, affichant une mine faussement blessée : « Hey, on peut être très subtils...quand on veut. C'est juste qu'on préfère recourir à la facilité. Pourquoi essayer de se montrer subtil quand on a du sang et un esprit à disposition ? » Il redevint aussitôt plus grave : « Je crois que ce qui nous retient vraiment d'infliger plus de malheurs au reste du monde, c'est qu'on passe notre temps à se surveiller les uns les autres... Ce qui arrange aussi nos dirigeants, quand on y pense ; rien de tel qu'instaurer la méfiance dans la cour pour éviter qu'elle ne regarde de trop près les gens qui occupent le trône... »

L'archonte actuelle avait élevé la pratique au rang d'art, cultivant ses subordonnés comme on le faisait d'un jardin, se débarrassant de celles et ceux qui la gênait comme on arrachait des mauvaises herbes. Seulement, il se pourrait bien que les mauvaises herbes finissent par réaliser qu'elles n'étaient pas si mauvaises que ça, et qu'elles finissent par en causer entre elle dans un coin du gazon. C'était peut-être même déjà en train de se produire, tranquillement, tout doucement, et Aurelius essayait de ne pas y penser trop fort des fois que cela ruine tous ses projets. Il n'avait jamais été très patient, mais se précipiter était la dernière chose à faire... En attendant, il pouvait au moins patienter en présentant bien, tiens !

« Je serais ravi de porter l'un de tes costumes. Si tu en imagines un qui me conviendrait, fais le moi savoir, et on s'arrangera ! Pour un prix. Et je dis ça sérieusement. Enfin ça, il y en a qui n'auront pas besoin de le savoir... Imagine seulement le concept : offrir une juste récompense à des gens qui font bien leur travail, plutôt que les exploiter et de les martyriser ! Comment est-ce que ça pourrait seulement marcher ? »

Et voilà qu'ils en venaient au cœur du problème, et que la conversation devenait soudain plus sérieuse que jamais. Et beaucoup, beaucoup plus dangereuse. Pour Aurelius et les siens par association, certes, mais encore plus pour un esclave qui n'avait pas les mêmes moyens de se défendre...et l'homme qu'il servait. A vrai dire, le magister s'en voulait de proposer un pareil dilemme à l'elfe, mais il fallait bien commencer à agir quelque part. La patience ne servait à rien si l'on ne s'y mettait pas sérieusement, et il en allait de même pour les belles idées.

« Je me rends bien comte des risques. Pour toi, comme pour Faustus. Et je ne demanderai rien dont tu ne sois pas capable. En fait, je te demanderai même rien que tu ne souhaiterais pas accomplir. Ce n'est pas un ordre, ce n'est pas une obligation, ce n'est pas un devoir. Ou si c'en est un, je ne vais pas te l'imposer. Seulement...je pense que ton aide me sera précieuse. Ne serait-ce que pour prendre la température parmi les esclaves, faire passer le mot, repérer les éléments fiables et ceux qui ont un urgent besoin d'aide. Ce ne sera pas facile, ce sera long, ce sera terriblement dangereux...mais je pense que ça en vaut le prix. On pourrait en parler des jours, et écrire tous les traités qu'on veut ; il arrive un moment où il faut se jeter à l'eau si on veut que les choses changent un jour, et je pense que c'est le moment le plus propice actuellement pour mettre en place le réseau auquel je pense. Mais encore une fois, je ne t'y obligerai pas. Et si tu décides d'apporter ton aide, sache que tu pourras te retirer à n'importe quel moment. »

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