L'inquisition, ce privilège maternel (Mère et fille Caelina)

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le Lun 10 Juil - 21:57

Seuls les forts peuvent se permettre de paraître faibles.

Elle médite cette phrase alors qu'elle patiente dans son fauteuil favori, dans cette pièce à laquelle si peu ont accès. Ni sa chambre, ni son bureau, ni sa bibliothèque privée. Un havre de paix, une pièce au mobilier et à la décoration si épurée, minimaliste. Des murs de teintes sombres, bleues, violettes et grises, à peine illuminées d'un éclairage tamisé, diffus. Quelques livres qui s'entassent sur une table, variant selon les lectures et les intérêts du temps. Et le siège, bien sûr. Un meuble extrêmement confortable, usé par l'usage et patiné par le temps, de bois si commun et de tissus si ordinaire. Tout l'inverse de ce trône, si inconfortable et luxueux, sur lequel son séant se doit de reposer régulièrement, bien trop souvent à son goût. Devrait-elle y voir une métaphore simpliste du poids du pouvoir ? Un ouvrage quelconque soutenait cette thèse, roman dénué de tout réalisme, l'histoire d'un monarque dont le siège était inconfortable à dessein. Risible. Tout détenteur de l'autorité un tantinet compétent remarquera aisément la charge qu'elle représente, si ce n'est avant de la désirer, du moins après l'avoir acquise. Quant aux idiots et aux aveugles ... ceux-là ne l'exercent que rarement, renversés ou dépossédés de sa substance. Un sort mérité.

Cet aphorisme la fascine. Si simpliste, si mensonger, et pourtant, il recèle une part de vérité. Seuls ceux qui possèdent la force d'affronter les menaces peuvent s'autoriser à être perçus comme faibles. Qu'ils abaissent leur garde dans l'optique d'un piège, d'une machination, ou par sincérité, ou pour toute autre raison. Mais pourtant ... qu'est-ce donc que le pouvoir, l'autorité, si ce n'est de paraître fort ? D'en convaincre les autres, à tort ou à raison ? Nul ne peut se maintenir sur son piédestal, son trône, son podium, s'il ne persuade la foule, la plèbe, ses adversaires, de son droit, contestable ou non, de s'y tenir. En définitive, personne ne saurait se permettre de paraître faible trop longtemps. Tout est une question de mesure ...

La ponctualité, politesse des rois. Un autre aphorisme qui lui traverse l'esprit. Pourvu que sa pupille ne s'avise pas d'être à la traîne. Dans son propre intérêt. Une sentence de plus à manier avec précaution. S'il est vrai qu'un monarque se doit de donner l'exemple en la matière, le pouvoir, une fois de plus, permet de s'affranchir de cette contrainte, à l'occasion. Mais toute puissance est relative, et si cette chère Marianis n'en manque pas, elle doit encore s'incliner devant l'Archonte, comme les autres. Pour combien de temps ? Voilà une question fascinante. Des années, nombreuses, avant qu'elle ne se révèle être une menace digne d'attention, une rivale potentielle. Une décennie, sans doute. D'autres l'auraient sûrement fauchée d'emblée. Les idiots. Certains, plus avisés, auraient attendu le dernier instant. Stupide. Elle ne saurait se maintenir pour l'éternité. D'autres ont essayé, et échoué. Femmes et hommes se jugent à l'aune de ce qu'ils laissent derrière eux, successeurs inclus ... Mais elle ne lui facilitera pas la tâche, tant dans son intérêt, égoïste et naturel, que celui de Tévinter ...

*Les minutes trottent, Marianis, j'espère que tu galopes ...*

Un retard entraînera une punition, un châtiment mesuré mais inévitable. C'est ainsi. Qu'importe l'affection qu'elle lui porte. Les leçons s'enchaînent et ne s'arrêteront qu'à la déchéance de l'une d'elles. Quoi de plus normal lorsqu'on aspire à l'ascension, au plus hautes sphères des arcanes, à régner sur la plus glorieuse nation de Thédas ? La faiblesse n'est pas de mise, les erreurs dangereuses, toujours coûteuses. L'avertissement résonne à son oreille, une voix usée par les décennies et les luttes. Tout a un prix, tout se paye en ce bas monde, Aquila. Mais aurait-elle pu emprunter un autre chemin ? Une question irrésolue, et qui ne le sera sans doute jamais. Pourquoi s'en ouvrir ? Nul ne saurait y apporter de réponse suffisante, pas même cette fille d'âme, à défaut de sang, à laquelle elle a dit beaucoup. Pas par crainte d'exposer ses faiblesses, quelle idée stupide. Marianis doit déjà les connaître, elle n'en fait pas mystère. Mais parce que personne ne  saurait résoudre ce problème-là. Nul ne saurait défaire ce que les années ont fait, sauf peut-être le Créateur, et il s'en est toujours bien gardé ... Enfin la porte s'ouvre dans un grincement, et elle rassemble en un éclair des bribes de son pouvoir. Prête à le déchaîner. Bien sûr, nul ne saurait avoir accès à cette salle sans en connaître l'emplacement exact, déverrouiller l'antichambre et franchir le barrage de gardes d'une dévotion sans failles, mais ... L'impossible n'est pas de son monde. Même devant le visage si familier de sa pupille, elle n'abaisse pas sa garde. Paranoïa est mère de sûreté.

- Tout juste à l'heure, ma fille. Tu as su répondre à temps à une convocation si inattendue, presque cavalière de ma part, et je t'en félicite. Le message n'était pas très explicite, mais tu dois te douter de la raison de ta présence ici, n'est-ce-pas ?

Un accueil affable, une voix sereine, tranquille. De la main, elle lui désigne une pile de coussins posés à même le sol. Elle-même s'écarte à regret de son fauteuil pour en tirer une poignée et s'installer dessus. Au même niveau que sa pupille. Certes, l'apparat, la symbolique de la différence de perchoir a ses atouts, mais pas en ce lieu, en cet instant. Ici doit prévaloir la relation la plus pure de maître à disciple, dans son essence même. Non d'égale à égale, mais de passeuse à receveuse, faite de continuité et d'espoir, de promesses qui ne demandent qu'à être achevées, peut-être, un jour. Pas de hiérarchie basique et simpliste.

- Alors, Marianis, pourquoi cet acte ? J'espère que tu es prête à m'expliquer les raisons d'une conduite si ... audacieuse ?

Le ton est badin, le timbre doux et amical, le sourire charmant. Et pourtant, déjà, la leçon a commencé. Une première inquisition, primaire, guère plus qu'un échauffement. L'élève ne devrait pas tomber dans ce piège-là, mais un rappel n'est jamais superflu ...

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le Dim 30 Juil - 23:06

L'inquisition, ce privilège maternel
☾ feat Aquila ☾
L’aventure. Un long voyage qui l’a tenu éloigné plusieurs semaines – ou est-ce plusieurs mois ? C’est peu de temps après l’annonce de la nouvelle Divine et le rétablissement des Cercles que l’envie lui est revenue de parcourir Thédas, son vaste terrain de jeu. L’occasion était rêvée, le chaos provoqué par l’annonce d’autant plus délicieux. Sans même en avoir conscience, la Divine n’a fait que jouer le jeu de Tévinter en provoquant d’elle-même des remous partout sur le continent, sans même que Marianis n’y soit pour quoi que ce soit. C’est qu’elle aime à semer chaos et zizanie dans son sillage, et elle fait cela plutôt bien. Quoi de mieux que de faire résonner les dissonances entre les peuples pour mieux les désunir, les rendre faibles et fragiles une fois que l’Empire sera fin prêt à prendre sa revanche ? Au gré de son périple, si elle est également les yeux et les oreilles de l’Archonte, elle ne saurait se satisfaire de cette seule et unique tâche. Tisser subtilement la toile de Tévinter à travers Thédas est son passe-temps favori depuis ces derniers temps. Un délice dont elle s’amuse et se réjouit à en dessiner les perspectives. Mais un jeu auquel elle s’est adonnée de sa propre initiative, sans consulter l’Archonte. Mais après tout, que pourrait bien y trouver à redire sa mère, tant qu’elle ne fait que servir les intérêts de l’Empire ?

Mais elle a senti le vent tourner. Jamais elle ne s’était encore attardée aussi longtemps en dehors de la capitale. Et cela, elle ne doute pas un instant que l’Archonte l’ait notifié et en attend des explications en retour. Le retour au pays s’est amorcé avant même que la convocation lui parvienne. Fort heureusement, ou même en volant nuit et jour sous sa forme de corbeau, elle aurait été bien incapable d’être présente en temps et en heure. Elle a tout juste le temps de prendre un bain pour ôter la poussière qui s’est incrustée partout le temps de son voyage, d’enfiler des vêtements propres et de se coiffer avant que l’heure fatidique n’approche. Mis à part les gardes, l’Archonte sera la première à la revoir après tout ce temps passé à l’étranger. Figure d’autorité pour la jeune femme, mais figure maternelle également. L’absence de liens de sang ne saurait contredire ceci. Ce sont l’esprit et la magie qui les unissent, nul besoin de plus pour se reconnaître d’âme à âme.

Une robe taillée dans la soie et la dentelle remplace ses vêtements poussiéreux et sa longue cape de voyage. Elle aime se vêtir de blanc, surtout depuis qu’elle a enterré son passé sous les cendres. Plus rarement, le noir ou quelques couleurs pastels viennent la parer. Elle n’est pas coquette comme les autres filles de nobles, mais elle est à sa manière. Elégante et dissonante à la fois. Les perles sont ce qui vient le plus souvent compléter son attirail. Mais elle garde ceci pour Tévinter. La crasse et la souillure du reste de Thédas ne saurait admirer sa silhouette immaculée à sa juste valeur. Différence dont elle a fait sa force. Cheveux bien coiffés, pas une mèche de travers. La voilà prête, et l’heure parfaitement ajustée à son entrée dans le sanctuaire secret de l’Archonte.

Elle ne tarde guère à rejoindre le lieu de rendez-vous, passant aisément les défenses qui font de cette pièce l’un des lieux les plus sécurisés de toute la ville. Ultime privilège d’Aquila en sa qualité d’Archonte. Si elle est loin d’être dépourvue en tant que son apprentie, l’égalité de leur statut est une illusion qui constituerait une erreur fatale si elle y croyait. Mais ce n’est guère le cas. Elle sait, qu’importe l’affection d’Aquila, que leur place n’est pas la même. Que même si elle la destine à prendre un jour sa place, rien n’est acquis. Rien ne l’est jamais au sein des hautes sphères de l’Empire. Le pouvoir à tendance à passer d’une main à l’autre lorsqu’on commet l’erreur de se reposer dessus. Et il n’est pas encore l’heure pour elle. Pourtant, c’est avec une précision à la seconde près qu’elle pénètre dans la pièce où repose sa mère.

La question qui fuse aussitôt son entrée faite lui arrache un fin sourire. « Mes salutations, mère. J’ose espérer que vous vous portez toujours aussi bien depuis que je vous ai quitté la dernière fois. » Le tout accompagné d’une révérence sans faute. « Je m’en doute d’une plus que d’une autre, bien qu’il pourrait y avoir une multitude de raisons. » Le ton est douceâtre, l’envie de prendre son temps pour lui exposer les détails de son voyage se font sentir. Il y a tant à dire, à tel point ses agissements ont été divers. Sans se faire prier, elle vient la rejoindre parmi les coussins étalés au sol, position qu’elle préfère à rester le derrière vissé sur une chaise pendant des heures. Elle est inconstante, trop pour le supporter. Au moins ainsi, elle peut changer aisément changer de position, parcourir de la pulpe de ses doigts les différentes textures des coussins, ou tout simplement les dissimuler sous ces derniers. Toutefois, l’inconstance ne la rend pas moins réceptive aux enseignements de sa maîtresse. Du moins, quand elle n’en fait pas qu’à sa tête.

« Que dois-je comprendre par-là ? Cette question manque singulièrement de précision. Après tout, ne suis-je pas constamment audacieuse ? Alors quelle différence cette fois-ci ? » Le sourire est mutin, le ton aussi badin que celui de l’Archonte. Elle feint de ne pas comprendre quand elle sait très bien ce qui a certainement le plus intrigué sa mère. Mettre à mort sans que cela ne soit fait de ses propres mains n’est pas dans ses habitudes, elle qui aime à châtier d’elle-même. Si la silhouette est immaculée, le cœur et les mains ne le sont pas. « Mais dîtes-moi, avez-vous entendu parler de la nouvelle ? Il paraîtrait que le prince de Férelden a été assassiné par les Corbeaux. Quel coup dur cela doit être au moral du roi Theirin… Il paraît qu’il est déterminé à trouver le responsable. Il paraîtrait même qu’il est plus disposé à lui mettre la main dessus qu’à prêter l’oreille aux menaces d’un Enclin comme on le murmure du côté d’Orzammar… » Elle n’en dit pas plus. A ses yeux, il n’y a rien d’autre à ajouter sur le sujet. La marque du chaos sur le reste de Thédas ne peut que leur être profitable. Car lorsque l’inévitable viendra, les autres royaumes et puissances seront désunis, incapables de faire face correctement à la menace latente. « Mais je gage que vous n’avez pas qu’une seule raison de me convoquer ici, mère. »

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le Mar 15 Aoû - 14:43

Un instant, devant les manières irréprochables de sa fille d'âme, elle ne peut retenir un sourire, presque nostalgique. Le port, l'attitude, les gestes, la vêture, la coiffure, tout est si ... parfait, accordé à son rôle, à sa place, à son image. Difficile de repenser à la créature sauvage et tout en guenilles qu'elle a recueilli il y a tant d'années. Un suicide politique et sociétal, d'aucuns ont murmuré. Mais elles ont su leur prouver tord, aux médisants, aux préjugés. Et elle ne peut que se féliciter de ce pari osé. Plus fine qu'elle n'en a l'air, plus prometteuse qu'au premier instant ... si elle arrive à maîtriser ses pulsions qui l'amènent parfois à des actes audacieux, à la limite de la témérité. Sa dernière initiative, ou du moins la plus importante de ces dernières années, en est un parfait exemple. Sans une certitude absolue, Aquila peut néanmoins affirmer qu'elle n'a pas essayé de manœuvrer autrement. L'assassinat ne devrait pas être employé à la légère. Et c'est bien là la raison de sa convocation. Moins d'administrer un châtiment, que d'une évaluation, un rappel à l'ordre.

- Jouer les ingénues est inutile en ma seule présence, Marianis. Même si tu ne manques pas de conviction, je m'y laisserais presque piéger si je ne te connaissais pas aussi bien...

Une réprimande ? A peine, une esquisse si faiblement ébauchée qu'elle ne devrait pas tromper l'albinos. L'Archonte apprécie bien trop leurs petits jeux oratoires, ces élégantes circonvolutions du langage qu'elles maîtrisent toutes deux et qui sont indispensables à l'ascension à travers la sphère Tévintide. Là où il importe moins de commettre l'inavouable que d'éviter de se faire prendre à l'avouer ouvertement. Et de fait, la pseudo-révélation qui s'ensuit est un modèle du genre. Pas une déclaration, pas un témoignage, pas la moindre prise à une éventuelle oreille furtive, à un importun, ni même à son interlocutrice. Une moue appréciatrice se dessine sur le visage d'Aquila, tandis qu'elle approuve avec un petit rire ironique.

- C'est vrai. Une telle ... tragédie. Le pauvre homme. De plus grands dirigeants se sont fourvoyés pour moins que ça.

Elle se retient d'ajouter qu'elle a rencontré ledit monarque, peu après la disparition de son fils et héritier. Une entrevue fructueuse, sous le couvert d'une illusion, d'un déguisement, d'une personne qui n'a d'autre consistance que celle qu'elle nécessite. Quelques heures, une nuit, avant de disparaître. Mais là n'est pas le sujet de l'heure, ni même de la journée. Et tout comme Marianis conserve sûrement certains secrets, sa mère d'adoption se doit de protéger les siens ... mais avec plus de succès que sa fille. Pour encore combien de temps ? Le plus possible ! S'extirpant de cette pensée qui la conduirait vers un fatalisme malvenu, elle opte pour une posture plus confortable sur ses coussins, avant de relancer la conversation.

- Non, en effet, plusieurs motifs m'ont amenée à te convoquer. Et constater de mes yeux comment la prunelle de mes yeux se portait n'était pas le moindre ...

Un nouveau sourire, affectueux celui-là, vient détendre les traits d'Aquila. Sincère ? Oui, sans l'ombre d'un doute. Malgré leur relation complexe, malgré la lutte qui se joue depuis plusieurs années et qui se transformera en conflit ouvert, un jour plus ou moins lointain ... elle l'apprécie vraiment, cette pupille. Sa fille. Mais son affection ne saurait l'affaiblir.

- Mais revenons sur cet événement que tu viens de mentionner. A ma connaissance, les Corbeaux n'avaient pas de grief personnel avec la Couronne de Férelden, ni avec son héritier ... qui pourrait donc être le commanditaire d'un tel crime ? Toi qui a voyagé par Férelden récemment, peut-être serais-tu mieux à même que moi de l'envisager ? J'imagine que le monarque endeuillé ne doit pas ménager ses efforts pour mettre la main sur l'assassin ... et s'il venait à remonter la piste, cela serait fâcheux pour les personnes impliquées, ne crois-tu pas ?

A-t-elle bien couvert ses traces ? Voilà tout ce qui intéresse l'Archonte. Ce qui a été fait ne peut être défait, quand bien même elle déplorerait la mort du Féreldien ... et ce n'est pas le cas. En revanche, vérifier que sa fille, dans son impétuosité, a su anticiper et protéger ses arrières, voilà qui est digne d'intérêt, et même vital.

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le Dim 20 Aoû - 20:08

L'inquisition, ce privilège maternel
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Pour lui plaîre, elle serait la fille parfaite, élève modèle. C'est ce qu'elle se disait souvent durant ses jeunes années, avide du lien créé avec Aquila et de tout ce qu'elle avait à lui offrir. Un lien indéfinissable et précieux pour Marianis, dont les émotions positives sont comme des vêtements mal taillés et grossiers sur sa carcasse délicate. Inadaptés, source d'inconnu. L'affection arrivée tardivement dans sa vie, tant qu'elle jalouse ce lien et tolère difficilement l'idée qu'Aquila puisse potentiellement en avoir pour quiconque d'autre. Mais si elle a longtemps vécu pour l'amour de sa mère d'âme, la petit chose fragile qu'elle a recueilli autrefois prend aujourd'hui son indépendance un peu plus à chaque jour passé. Peu à peu, l'amour d'une mère ne suffit plus à apaiser les braises de l'inextinguible feu qui ne demande qu'à brûler en elle. Enfant de colère comme l'Empire en façonne tant de par son système, pour finalement les voir se briser contre ses murs, entortillés dans leurs chaînes. Mais l'Argentée ne possède pas de chaînes et ce qui fait toute sa dangerosité, si ce n'est l'affection et l'admiration qu'elle éprouve pour sa mère. Mais pour combien de temps encore ?

« Je suis toute ouïe, mère. » Et elle lui rend ce même sourire. Son visage fait de marbre semble presque prendre vie en s'illuminant pour une fois d'un sourire authentique, bien de la fourberie et de la cruauté qui ornent habituellement ses lèvres. Un spectacle privé qui n'est offert qu'aux yeux de l'Archonte. A la question de celle-ci, elle vient innocemment hausser les épaules. « Qui peut le dire ? Peut-être que les vieilles querelles de territoire entre Férelden et Orlaïs ne sont pas si oubliées qu'ils ne veulent le faire croire ? Ou peut-être est-ce un noble de sa propre cour qui complote ? Être à une position telle que la sienne sans susciter la jalousie ou se créer d'ennemi malgré soi est impossible. L'être humain est ainsi fait. » Oui, l'être humain est ainsi fait dans son monde de décadence, et elle en connaît les plus noires abîmes pour les avoir exploré ou en avoir subi les conséquences. Ces mêmes abîmes dont elle s'est faite maîtresse pour ne plus jamais avoir à se soumettre devant quiconque. Mais l'Archonte trône encore en modèle à suivre du haut du piédestal où Marianis l'a hissé, bien qu'elle soit aussi destinée à chuter dans l'abîme une fois son temps touchant à sa fin. Un paradoxe, voilà ce qui résume leur relation : unies dans l'amour et opposées dans l'ascension au pouvoir. Une seule place pour un trône, avec la chute de la perdante à venir. La situation actuelle n'est que le résultat d'une transition inerte, mais qui viendra fatalement.

« Je peux certifier qu'à l'heure actuelle, aucun signalement ni la moindre rumeur ne circule à propos du commanditaire. A croire que celui-ci n'a jamais existé. » Et n'est-ce pas plus ou moins le cas ? Cette enfant aux longues boucles auburn venue trouver les Corbeaux, qui est-elle si ce n'est un reflet illusoire ? Elle n'a existé que dans l'esprit de ce Juan Valesco. Un déguisement et un zeste de magie entropique pour tromper aisément autrui font beaucoup de choses. Comme par exemple lancer le Roi de Férelden sur les traces d'une chimère qu'il ne pourra jamais trouver, puisqu'elle n'existe pas. Si tant est que les Corbeaux parlent, ce qui promet de ne pas être chose aisée au vu de leurs règles, pour ne pas dire impossible. « Je crains que la Couronne de Férelden ne se lance en quête de vaines chimères. De quoi troubler leur attention sur ce qui devrait réellement les inquiéter. » Mais elle n'en dit pas un mot de plus. Un sourire entendu suffit pour que le message inscrit dans ses paroles passent à l'Archonte. Le temps de l'audace est bien loin de lui passer, mais celui de l'imprudence est loin derrière elle.

« Mais permettez-moi de m'enquérir des récentes affaires de l'Empire. Les corbeaux sont bien utiles pour échanger des messages, mais on ne saurait tout y écrire. » Et cette fois-ci, elle parle bien des oiseaux. Son petit emblème personnel à l'image de la forme qu'elle revêt parfois pour s'éclipser à la vue et aux griffes d'autrui. Volatile qu'elle préfère à utiliser comme messager plutôt que les autres trop stupides et grossiers qu'elle vous dirait.

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